Après un autre printemps riche en corvées de propreté, un constat continue de s’imposer, année après année : l’un des déchets que l’on retrouve le plus souvent dans la nature reste le mégot de cigarette. Malgré sa petite taille, son nombre pèse lourd dans la balance… littéralement. 

Le geste de jeter son mégot au sol a été nommé le « mégoïsme ». Ce comportement est accepté socialement, mais d’importantes conséquences peuvent en découler. D’abord, les mégots représentent l’une des principales causes d’incendies à Montréal. Ensuite, ils entraînent de nombreuses répercussions sur l’environnement, considérant que chacun de ces mégots prend plus de 10 ans à se décomposer. Décortiquons ce que le mégoïsme implique dans notre vie quotidienne et dans la nature. 

Anatomie d’une cigarette 

Selon les mots du directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Rüdiger Krech, l’industrie du tabac – de la culture à la fabrication en passant par l’emballage, la combustion et le rejet, est « l’un des plus grands pollueurs » actuels. Concentrons-nous sur les composants de la cigarette, comprenant jusqu’à 7000 produits chimiques différents, puisque ce sont eux qui entrent en contact direct avec l’environnement en se retrouvant au sol.  

Le papier blanc de la cigarette est composé de fibre de lin, mais plusieurs produits chimiques y sont ajoutés pour contrôler sa vitesse de combustion tels que des sels, du phosphate monoammonique et des citrates de sodium.  

Les restes de tabac incluent des substances chimiques comme la nicotine, l’ammoniaque, l’arsenic et le benzène qui sont ensuite diluées dans le sol et dans l’eau.  

Enfin, contrairement à la croyance populaire voulant que le filtre des cigarettes soit fait de coton, il est plutôt composé de plastique (acétate de cellulose). Cet élément est classé au premier rang des polluants plastiques les plus fréquents sur les plages des pays riches, alors que son efficacité pour filtrer les toxines est loin d’être concluante. 

Pollution de l’air, de la terre et de la mer 

6000 milliards de cigarettes sont fumées chaque année; 75% d’entre elles seront jetées au sol au lieu d’être déposées dans les contenants appropriés. En connaissant ces statistiques, il n’est pas surprenant d’apprendre que les mégots constituent 30% des déchets retrouvés au sol dans les métropoles et sur les littoraux. Cette proportion les place devant les sacs de plastique et les pailles, deux polluants qui ont été au centre de nombreux efforts visant leur réduction au courant des dernières années. Plusieurs acteurs dans le milieu environnemental s’entendent pour dire qu’il serait bénéfique pour tous.tes de consacrer au moins autant d’énergie à la réduction du mégoïsme. 

Malgré la petitesse des mégots, l’OMS affirme que c’est plus de 175 200 tonnes de leurs filtres qui sont jetés au sol annuellement, sans compter le poids des emballages de paquets de cigarettes qui comptent pour 1 800 000 tonnes de papier, d’encre, de cellophane, d’aluminium et de colle, ainsi que pour 2 000 000 tonnes de carton. 

La faune, qu’elle soit terrestre ou aquatique, est aussi lourdement impactée par les composés des mégots, dont 150 sont considérés comme hautement toxiques (aluminium, baryum, cadmium, chrome, cuivre, fer, manganèse, zinc, nickel, plomb, strontium, titane, benzène, nicotine, etc.). Ces métaux lourds et autres substances chimiques se diffusent dans le sol et dans l’eau dû au phénomène de la lixiviation, puis sont consommés par les animaux qui en payent les conséquences – sans oublier que certain.es d’entre nous mangeons ensuite ces animaux, nous ne sommes donc pas à l’abri de cette pollution. De plus, un seul mégot peut contaminer jusqu’à 500 litres d’eau. Donc ceux qui se retrouvent dans les rues risquent d’être emportés par le ruissellement de l’eau de pluie recueillie par les égouts pluviaux. Ces derniers se jettent directement dans le fleuve sans passer par aucun système de filtration, ce qui signifie que ces mégots finissent dans nos océans.  

Enfin, rappelons-nous qu’un incendie sur cinq est causé par un mégot. En 2022, le Service de sécurité incendie de Montréal est intervenu 198 fois en raison de feux de mégots. Même si on pense l’avoir bien éteint, il peut s’écouler jusqu’à cinq heures avant que les premières flammes apparaissent, tout particulièrement si le mégot a été jeté sur du terreau ou du paillis. Ces matières sont hautement inflammables, surtout si elles sont sèches, car elles sont composées de matières organiques comme la tourbe, la mousse, les copeaux de bois et les engrais chimiques. 

Des étincelles d’espoir 

Bien que les initiatives de recyclage des mégots restent marginales, il est possible de réduire son impact environnemental en tant que fumeur.ses. 

La Société pour l’action, l’éducation et la sensibilisation environnementale de Montréal (SAESEM) a mis en place le programme Mégot Zéro qui facilite l’implantation de cendriers dans les espaces publics et privés afin que les mégots soient recyclés pour fabriquer du mobilier urbain, entre autres, en plus de sensibiliser la population aux enjeux liés au mégoïsme. La SAESEM distribue également des cendriers de poche faits avec une doublure ignifuge en PVC: ils sont petits, sans odeur et réutilisables. Ces cendriers de poche vous permettront d’accumuler vos mégots partout où vous allez au lieu de les jeter au sol, puis de les vider régulièrement dans un cendrier urbain ou dans une boîte citoyenne de dépôt Mégot Zéro. En 2021, 820 cendriers urbains se retrouvaient déjà sur les artères commerciales dans 15 arrondissements à Montréal. Ouvrez l’œil!  

En plus du cendrier de poche, les cendriers classiques s’ajoutent à la liste de solutions responsables et sécuritaires pour vos mégots, puisqu’ils sont faits de matériaux ininflammables. Enfin, vous pourriez même utiliser un récipient en métal rempli de sable humide ou d’eau pour faire office de cendrier. 

Bref, plusieurs alternatives au mégoïsme s’offrent à vous afin de réduire les conséquences nocives que les mégots ont sur la nature et sur notre sécurité. N’oubliez pas que chaque mégot en moins dans l’environnement est une petite victoire à célébrer pour notre santé et pour celle de notre planète! 

Les cendriers de poche sont en vente dans tous nos points de service! 

SOURCES : 

Centre d’Information sur l’Eau. L’impact des mégots de cigarette sur les ressources en eau, [En ligne]. https://www.cieau.com/connaitre-leau/la-pollution-de-leau/impact-megots-cigarette-ressources-eau/  

Journal de Montréal. Jeter son mégot par terre : des méfaits insoupçonnés, [En ligne]. https://www.journaldemontreal.com/2023/07/17/jeter-son-megot-par-terre-des-mefaits-insoupconnes 

La Presse (2019). Faut-il interdire les filtres de cigarettes? [En ligne]. https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2019-12-26/faut-il-interdire-les-filtres-de-cigarettes  

Mégot Zéro (2020).  Cendriers de poche, [En ligne]. https://megotzero.com/cendriers-de-poche/ 

Québec Sans Tabac. Fumer détériore l’environnement, [En ligne]. https://www.quebecsanstabac.ca/je-minforme/consequences-societe/tabac-impacts-environnement  

Québec Science (2019). Les mégots de cigarette, première source de déchets océaniques, [En ligne]. https://www.quebecscience.qc.ca/environnement/megots-cigarette-premiere-source-dechets-oceaniques/ 

Radio-Canada Info (2022). L’industrie du tabac a un impact « désastreux » sur l’environnement, selon l’OMS, [En ligne]. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1887297/industrie-tabac-impact-environnement-oms 

SAESEM (2019). Mégot Zéro, [En ligne]. https://saesem.org/fr/megot-zero/ 

Ville de Montréal (2023). Cendrier de poche : une façon d’éviter la pollution et les feux, [En ligne]. https://montreal.ca/articles/cendrier-de-poche-une-facon-deviter-la-pollution-et-les-feux