Par Stéphane Banfi, Ville en vert
Imaginez un jardin, une plate-bande ou une cour arrière où vos végétaux ne nécessitent presque pas d’entretien. Un arrosage minimal. Où les plantes reviennent chaque année, comme par magie, avec un déploiement de couleur et d’arômes qui font la joie de votre voisinage et des pollinisateurs. Et que toutes ces plantes soient parfaitement comestibles. Impossible? Pas du tout, nous explique Guillaume Pelland de Paysage gourmand, qui se spécialise en aménagements paysagers esthétiques, fonctionnels et…comestibles.
Vers un jardin comestible, beau et durable
« Quand on parle d’agriculture urbaine, le monde est assez bien servi en légumes, et on n’a pas de misère à trouver des tomates au printemps », explique Guillaume Pelland de son royaume floral à Rawdon, où depuis 2013, avec son équipe, il fait pousser plus de 450 variétés de vivaces comestibles avec une certification biologique. « Nous, on essaie de diversifier l’offre en présentant une vision plus long terme du jardinage avec des vivaces comestibles. Et pour avoir vécu ça, on essaie de créer des paysages, des modèles qui ne font pas de l’humain un esclave de son jardin. »
Avec le printemps qui semble (enfin) être à nos portes, et Paysage gourmand qui ouvrira les siennes le 10 mai pour nous offrir un éventail de plantes à la fois magnifiques et délicieuses, Guillaume nous partage cinq plantes incontournables et comestibles pour meubler votre jardin, votre cour ou votre plate-bande.
5 plantes vivaces comestibles à cultiver sans modération





1. Le chou maritime
Cousin du kale, qui porte d’ailleurs le nom de Sea kale en anglais, le chou maritime a clairement laissé sa trace au fil du temps. Initialement une plante qu’on retrouvait sur les rives de la mer du Nord, les Romains le faisaient fermenter pour en faire de la choucroute, qu’ils transportaient en barils lors de leurs expéditions. Le Roi-Soleil insistait pour l’avoir dans son potager. Même le président américain Thomas Jefferson en raffolait et en plantait dans son jardin privé de Monticello, en Virginie.
Pourquoi tant d’attrait? Au-delà de sa belle couleur bleutée aux reflets argentés qui rehausse tout jardin, elle possède un atout assez remarquable : tout se mange!
« Sa racine se prépare un peu comme un navet, ses feuilles goûtent le chou ou le kale, son bouton floral est un mini-brocoli, et ses petits fruits sont croquants et croustillants, comme des pois verts, mais qui goûtent le chou »
Comme si cela ne suffisait pas, le chou maritime a une dernière arme de séduction massive : son arôme. « C’est enivrant d’odeurs et cela sent le miel de sarrasin à plusieurs mètres à la ronde ». Et en bonus, contrairement au kale habituel qui est souvent décimé par des insectes pour éventuellement finir en triste dentelle, le chou maritime est très résistant aux ravageurs.
2. Le gingembre du Japon
Tous les gingembres ne se ressemblent pas. À ce sujet, le gingembre du Japon, avec ses longues feuilles brillantes, est particulier, car il ressemble à s’y méprendre à une plante d’intérieur. « C’est une plante tellement belle pour son feuillage panaché qui amène des petites touches lumineuses, mais elle peut quand même pousser à l’ombre », commente Guillaume. Tout comme le gingembre, on peut manger son rhizome, mais en plus, on peut apprêter ses grosses feuilles en les hachant finement pour rehausser des plats ou soupes asiatiques. Et les bourgeons de fleurs, qui poussent à la base du plant, se consomment couramment en Asie. « Et elles ont un côté gingembre, mais délicat, plus aromatique, floral que piquant », nuance Guillaume.
Mais vu sa beauté intransigeante, le gingembre du Japon se laisse désirer; la plante prend beaucoup de temps avant de se pointer au printemps, si bien que Guillaume suggère d’utiliser l’espace momentanément vacant pour faire pousser autre chose.
« On peut l’associer avec des radis ou des laitues en accompagnement, qu’on pourra récolter en attendant que le gingembre sorte au moins de juin. J’en ai même vu une se pointer le nez début juillet »
Et comme valeur ajoutée, notons que contrairement à ce qu’on pourrait penser d’un rhizome, ce type de gingembre n’est pas très envahissant et est plutôt facile à contenir.
3. La famille des orpins
La grande famille des orpins est particulière : avec des fleurs qui peuvent couvrir le spectre — blanches, roses, rouges, jaunes, oranges ou même pourpres — et ses feuilles grasses, ovales et charnues (pour ne pas dire épaisses), on jurerait qu’on a affaire à une plante du parc jurassique, ou à tout le moins, exotique. Mais son véritable exotisme se cache plutôt dans sa variété de couleurs et ses saveurs.
« C’est presque une plante caméléon, » avoue Guillaume. Selon le niveau de soleil qu’elle reçoit, et selon la température, elle va avoir une couleur différente et changeante au fil des saisons ». Elle peut donc passer à différentes teintes de vert ou de bleu, selon son emplacement, et certaines variétés tendent même vers un rouge ou orangé vivifiant. Peu importe le type, elles se traduisent par un goût charnu en bouche avec une petite dose acidulée.
« On utilise les feuilles comme un légume, qu’on fait sauter à la poêle, et elles peuvent ajouter de la couleur et de la texture à nos plats »
4. Le pommier colonnaire
Un pommier dans une plate-bande — vraiment? Et oui, car le pommier colonnaire est, en fait, un mini-pommier qui ne nécessite qu’un mètre de largeur pour sa plantation, avec un résultat final d’une hauteur de 2 à 3 mètres, donc très accessible.
« On le recommande pour vraiment démocratiser l’agriculture d’un fruit si populaire. Sa taille ouvre des possibilités pour beaucoup de gens, aussi bien dans la cour que devant la maison. C’est littéralement un pommier qui est à portée de main »
Et en plus de ses nombreuses couleurs de pommes et saveurs — Guillaume nous assure qu’il est « étourdissant de possibilités en termes de variétés », — ses pommettes peuvent demeurer en branche très longtemps, même jusqu’en hiver, lui donnant un aspect décoratif plutôt festif. « C’est comme un petit arbre qui s’illumine de pommettes luisantes, cela rappelle des boules de Noël! ».
5. Le thym rampant
Et pour le gazon, on fait quoi? Sans hésitation, Guillaume propose le thym rampant, qui est un couvre-sol résilient, attrayant et surtout, qui n’a pas peur de se faire marcher dessus. « Partout où le gazon a de la misère, soit parce que c’est trop sec ou trop ravagé, le thym rampant s’impose comme solution ». Parfait pour une plantation autour de pas japonais, il est idéalement planté en cellules, espacé de 25 à 30 cm. « En plus de tolérer le piétinement, il demande beaucoup moins d’eau que la pelouse, et il n’a pas besoin d’être tondu. Et il va faire tourner des têtes lors de la floraison ».
On peut aussi miser sur plusieurs variétés, dont une citronnée qui comblera à la fois vos besoins olfactifs en jardin et gustatifs en cuisine!
En intégrant des plantes comestibles, esthétiques et peu exigeantes, il est possible de transformer son jardin en véritable oasis nourricière. Grâce à l’expertise de Paysage gourmand et à l’engagement de Ville en vert pour une ville plus verte et durable, l’agriculture urbaine prend un nouveau souffle. Cultiver la beauté… et le goût, c’est désormais à portée de main!